Celle qui était (très) timide

Tu auras sûrement du mal à le croire, lectorat chéri, mais c’est bel et bien moi que je décris dans ce titre. Oui, moi, ton idole, celle qui a pourtant l’air si spontanée, enjouée et sûre d’elle – limite trop, parfois, hein ? Mais si, je le sais bien, va, et je ne t’en veux pas. C’est fait exprès, même que. Je suis l’humilité incarnée, en vrai… (OK, j’en fais trop, là, j’arrête) – cache en fait une timidité presque maladive.

timidité

Tu as des doutes ? Je m’en vais te le prouver de ce pas (pourquoi on dit « je m’en vais », à l’écrit ? Comme si j’allais me lever de ma chaise, prendre mon laptop avec moi, aller jusqu’aux toilettes – ouais, je suis au bureau, alors à part aux toilettes, je vois pas bien où je pourrais aller – et dire « là ! Maintenant je vais pouvoir t’écrire la preuve de ce que j’avançais plus tôt, ha ha ! »… C’est vraiment le bordel dans ta tête Suzie, tu le sais ? Ouais ouais, je sais, mais chut, tu perturbes le fil de mes pensées, là.)

Parce bon, OK, toute fille qui se respecte – et qui veut pécho – va balancer un « je suis timide » à son interlocuteur qui-ressemble-à-Ryan-Gosling, les joues rougissantes comme une jeune vierge à qui on raconte une blague de Bigard, pour que celui-ci (le sosie de Ryan, pas Bigard) la trouve mignonne, touchante et pure au point de vouloir lui apprendre la vie, en la prenant en levrette sur son bureau (ou sur la table du bar, selon le contexte, mais tu sais très bien que ça se passe souvent au bureau, ces trucs-là… Non ? C’est moche de mentir).

Mais moi, je suis une VRAIE timide. Tellement, que :

  • Je n’ose pas dire à mon collègue qu’il a un gros morceau d’épinard coincé entre les incisives. Celui qui a une présentation super importante cet après-midi. Devant 80 personnes. Et qui sourit tout le temps…
  • J’angoisse pendant 3 heures avant d’aller donner des factures à la compta, parce qu’il faut traverser des bureaux (au moins deux) dans lesquels il y a… des gens. Tu sais, ces gens-là, mes euh… mes collègues, oui, voilà ! Mais que je ne connais pas très bien, tu comprends, juste leurs prénoms, leurs noms de famille et pis j’ai dû les voir 43 fois maxi, en 3 mois. Ça fait trop peur !
  • Je donne toujours le courrier avec 3 jours de retard, parce que je fais un tir groupé pour mes déplacements (Cf. ci-dessus). Ben oui, ça m’évite de croiser « les gens » plus d’une fois par semaine.
  • Si j’ai besoin de m’adresser à quelqu’un pour réaliser une tâche, je préfère y renoncer. Exemple : Pour emballer un colis, il me faut du gros scotch. Que je dois demander à Henri, mon collègue des services généraux. Bon… T’as déjà emballé un colis – un gros, en carton marron – avec du petit scotch transparent, toi ? Non ? Oui mais toi, t’as demandé à Henri.
  • Je suis capable de passer la moitié d’un film, au ciné, à bouillir intérieurement parce que ma voisine de gauche préfère commenter le film à voix haute à son mec (ou son engueulade du moment avec Rebecca, sa BFF – ça tombe bien, j’avais raté le dernier épisode) plutôt que de, hmm, au hasard… regarder le film ? Vous me direz, je pourrais très bien lui lancer un : « Excusez-moi, Mademoiselle, pourriez vous avoir la bonté de baisser légèrement le niveau sonore de votre conversation, afin de me laisser tout le loisir d’entendre les dialogues de ce long métrage fort agréable à regarder, au demeurant ? » … Mais dans sa face ? Elle risquerait de m’entendre !
  • Paradoxalement, je suis nomophobe (tu sais, ces gens qui ne peuvent pas vivre sans leur téléphone mobile) ET phobique du téléphone en lui même, pour sa fonction première : Appeler. Parce que non seulement, je dois parler à quelqu’un, mais qu’en plus, je ne vois pas sa réaction. Impossible, donc, de l’embrouiller avec un sourire et mon charme naturel (heureusement qu’il est là, lui, tiens !) pour lui faire oublier que ce que je dis n’a sans doute aucun sens : il est focalisé sur le contenu du message que je lui adresse. Quand t’y penses, c’est un énorme défi, nan ? Donc en gros, ça donne : « Suzie, tu peux appeler Cognard pour lui demander (lui demander, en plus, faut que j’apporte une réponse ensuite !) s’il vient à la réunion Oclave ? » – 3 jours plus tard : « Au fait, Suzie, t’as eu Cognard ? » « Hmm… euh j’lui ai demandé mais il m’a pas répondu, encore… » « ??? » (ça c’est la tête du chef, t’as qu’à transformer les points d’interrogation en tête de chef à qui sa femme vient d’annoncer que belle-maman venait s’installer à la maison pendant 2 mois) « Ben oui, j’ai envoyé un mail, mais il m’a même pas répondu ! (hop, jt’embrouille en mettant en avant le manque de disponibilité de ton collaborateur – il abuse, quand même, de pas répondre à ses mails -, vu qu’à toi, je peux faire le sourire qui va avec)… Ahhhh, tu m’avais dit de l’APPELER ? »

Alors, tu vois que je suis timide ! Bon, le point positif (car il en faut), c’est que cette timidité, j’ai réussi à l’atténuer un peu, avec les années. Merci humour et second degré : Vous m’avez sauvée dans beaucoup de situations ! Et une fois qu’on apprend à me connaitre (c’est-à-dire en moyenne au bout de 6-8 mois, quand on me voit tous les jours), on se dit qu’il y a un truc sympa, sous cette carapace :-)
(C’est toi, un truc… Bon t’as fini, oui ?!)

P.S. : Tu vois, je t’avais dit que je me servirais à nouveau de ce type de formulation, pour mes titres ;-) (Presque 1 an plus tard, certes…)

30 opinions sur “Celle qui était (très) timide

  1. Perso j’ai tout de suite vu la fille sous la carapace, pas eu l’impression que tu étais timide !!! :D
    (trop rigolo l’histoire du scotch, et en même temps ça doit être sacrément handicapant finalement…)

    • Oui, merci, heureusement, j’arrive bien à le cacher… Je réalise avec les 2 premiers com’ que je me suis pas mal révélée dans cet article ! Ça va ptèt me faire une thérapie, finalement ^^ J’arrive à aller vers les autres un minimum, maintenant, mais l’écrit m’aide beaucoup à m’exprimer « pour de vrai ».
      (Sympa ton nouveau blog au fait ;-) )

  2. Les timides en force ! C’est marrant, c’est l’un de mes prochains articles ;)
    J’avais aussi essayé le théâtre mais je detestais les impros. Par contre, l’armée c’est plutôt radical, je me suis bien lâchée !

  3. Je me reconnais beaucoup dans cet article, surtout en ce qui concerne le téléphone ! Combien de fois j’ai envoyé des mails, attendu des réponses pendant plusieurs jours, avant de me décider à décrocher le combiné… C’est pas facile !

  4. Pareille que toi !
    D’ailleurs, ça me fait penser que j’ai une lettre à envoyer depuis 15 jours, mais faut que je traverse le bureau jusqu’à la secrétaire (5 personnes)… humhum !
    Par contre, le théâtre, au contraire, ça me plaît beaucoup, en fait, j’ai l’impression d’être une autre, personne ne me connaît là-bas et je peux me lâcher…

    • Je regrette de ne pas avoir accroché avec le théâtre, parce qu’à côté de ça, j’aime sortir de mon personnage, justement. Non pas que j’aie l’habitude de le faire avec Suzie, par exemple… (Qui me parle ? Je n’suis pas folle, vous savez ! :) )

  5. Contente de lire un article pareil.
    Je suis aussi hyper timide… Mais hyper vraiment comme toi quoi.

    Au téléphone je bafouille…. et j’envoie des mails avant de téléphoner. J’me gache la vie en fait…
    Et j’attends le dernier moment pour appeler quand on me le demande…
    Pour commander à McDo ou je ne sais où… Je passe aux bornes et encore en général c’est mon copain qui commande.
    Pour demander une taille de chaussures qui serait certainement disponible en stock.. Bah je demande pas, et je regrette… Ou je fais les yeux doux à l’homme.
    Il m’arrive même parfois (souvent ok…) d’avoir les oreilles qui chauffent (genre j’ai honte) quand je parle à une personne (parce qu’elle m’a obligé enfin d’une certaine manière!)
    J’ai le coeur qui bat à fond quand le téléphone sonne et que j’suis censée répondre (euh oui… mon métier est censé m’obliger à répondre au téléphone).

    Et souvent… je pleure un gros coup quand j’en peux plus, et j’me dis que oui, j’suis phobique du téléphone, et j’ai affreusement peur des autres.

    Alors en espérant que ça nous passe plus que ca nous passe déjà… j’te souhaite bon bon bon bon courage !

    K xx

  6. Ouais, pas de doute, j’ai les mêmes symptômes, on est donc des timides toutes les deux ! Avant, j’avais mes parents pour faire certaines choses à ma place, maintenant j’ai le copain, mais je culpabilise un peu quand même. Du coup… parfois je me force !

  7. J’étais comme ça aussi !!

    Plus jeune, avec ma maman on se battait dans la voiture parce qu’aucune des deux ne voulait descendre prendre du pain à la boulangerie. Trop dur, fallait dire « bonjour » à la boulangère et il risquait EN PLUS d’y avoir du monde, au secours !!

    Je me suis donné de sacrés coups de pieds aux fesses (et je continue) en déménageant à Paris toute seule à 18 ans… et 4 ans plus tard, j’arrivais pour la première fois à entrer m’installer dans un café ou un resto seule sans attendre mes copines devant dans le froid. Ça parait bête mais ça a été mon plus gros défi !

    Ça fait 10 ans maintenant que je suis parisienne, et je fais des trucs de foufous tous les jours. De temps en temps je prends le temps de me dire que je peux être fière de moi !

    Bref, y a pas de miracle, il faut se faire violence au quotidien et ne surtout pas lâcher, sinon on fait très vite un retour de 10 pas en arrière. (Par contre le téléphone au boulot, je fais toujours un super gros blocage, surtout quand il y a du monde autour de moi, je déteste…personne n’est parfait !)

    • Bravo ! Je me rends compte en lisant les com’ que je ne suis pas SI timide que ça, dans le sens où j’arrive aussi à aller dans un café seule (bon… ok, si je peux l’éviter, c’est mieux). Mais comme toi, il y a des domaines dans lesquels je progresse peu, comme au boulot quand je suis relativement nouvelle dans la boite…

  8. Coucou,
    Je suis une ex-phobique sociale, ce qui est différent de la timidité. Tout ce que tu décris me rappelle moi il y a un an.
    Tu devrai regarder sur le net, il y a un excellent forum là-dessus =)

    • D’après ce que je vois sur Wiki, la phobie sociale (très intéressante, cette info !) est une forme très poussée de timidité, qui engendre même le fait d’être pessimiste et d’éviter à tout prix le contact avec les autres. Etant moi même capable d’aller vers les autres à une soirée, par exemple, je me considère plus comme une timide qui se soigne que comme ce qui est décrit ici :-) Surtout que j’ai volontairement exagéré les traits dans mon article. En tout cas, bravo à toi d’en être sortie !

  9. Je découvre ton blog par le biais d’Hellocoton et là, dans cet article, je me reconnais !

    Moi aussi je suis timide ! vraiment timide ! (ou du moins, je l’étais mais j’ai appris à me dépasser parce que je fais un métier où je dois prendre la parole en public pour défendre des gens… Un truc de fou quoi !)

    Petite j’avais une chose en horreur… Faire la bise aux amis de mes parents ! J’avais horreur de ce contact joue contre joue même avec des gens que je connaissais… A vrai dire, les choses ne se sont pas arrangées depuis sur ce point. J’ai toujours horreur de faire la bise !

    Dans le même esprits que le rouleau de scotch… As-tu déjà demandé à ta soeur d’essayer pour toi des vêtements quand tu fais du shopping ?

    Moi oui ! Souvent ! Et je le fais encore aujourd’hui !
    Je demande à ma soeur, qui n’a pas la même morphologie que moi d’essayer les vêtements que je repère… Parce que sinon, non seulement je devrais m’adresser à la vendeuse pour aller en cabine, ensuite elle me demandera si les vêtements me vont et ils se pourrait même qu’il n’y ait pas de miroir à l’intérieur de ma cabine…

    • Hmm… c’eût été drôle, la même situation dans mon cas : j’imagine l’un de mes frères ‘de 8 et 9 ans mes aînés) essayer pour moi un jean ou un top ^^ Je pense que ton boulot doit te permettre de dépasser tous les jours et c’est très bien !

  10. Je connais ! LA timidité a bouffé une grande partie de mon enfance. J’ai passé la 2ème moitié de ma vie à me battre contre cette timidité qui m’handicapait tant. Et le pire c’est que quand, aujourd’hui je dis qu’à la base je suis une grande timide, personne ne me croit! Comme quoi, on peut y arriver :-) Mais faut lutter !!

      • Ouiii ! Dingue qu’on ne nous croit pas ! On me rit même au nez, c’est pour dire! Quand je pense à la petite fille que j’étais! J’éxecrais les colonies de vacances parce qu’il allait falloir que je parle à d’autres gens, aaargh !

  11. Je me reconnais trop dans cet article. Ah, le coup du mail au lieu de prendre le téléphone (un supplice), je connais. Et encore, je me suis bien améliorée, maintenant j’arrive à appeler pour commander une pizza (non sans stresser bien sûr et non sans me répéter mon « texte » 15 fois dans la tête avant d’appeler), avant je demandais toujours à mon homme de le faire (grave)… Moi aussi j’ai essayé le théâtre pensant que ça m’aiderait et que ça me plairait car j’ai un côté un peu dingo mais je n’arrivais pas à me lâcher, à être moi-même en fait et surtout ça me stressait trop !

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