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Et faire l’école buissonnière

En tant qu’adulte (supposé), on croit toujours qu’on porte le monde sur ses épaules. Que ce qu’on aurait pu se permettre étant enfant, c’est fini, qu’on a des responsabilités aujourd’hui, des vraies (genre sortir le chien 3 fois par jour ou aller récupérer ce recommandé en revenant du pressing).

Et c’est vrai, bien sûr, ce n’est plus comme avant. Les factures à payer, un loyer (chauffage non compris), une contenance à avoir devant ses supérieurs hiérarchiques, une femme à qui acheter des Louboutin ou des enfants à qui on volerait bien leur insouciance, l’espace d’un instant (et même, pour toujours) : ça en fait, des contraintes.

Mais finalement, est-ce qu’on est obligés de tout (sup)porter sans s’autoriser de pause, jamais ? Et si on séchait, pour une fois ?

ecole-buissonniere.jpgPetite *Attention, FlashBack / séquence émotion, t’es prêt ?*, j’étais bonne élève (1ère de la classe, pendant un temps et dont tout le monde disait « qu’elle est mignoooonne » – ne cherchez plus d’où vient mon égocentrisme exacerbé, mais vous pouvez au moins vous rassurer – car je sais que ça vous travaille nuit et jour – en vous disant que j’y peux rien, moi, en fait – ah oui, c’était jamais ma faute, non plus) et jamais je n’ai raté l’école volontairement. Non pas que j’aimais ça (croyait ma mère, si fière – et si naïve) mais j’avais une angoisse terrible de ce que j’allais rater si je m’absentais une seule journée (« et les devoirs à faire ? Et tout ce qu’on va noter dans la journée ? Moi je serai en retard et je devrai travailler 2 fois plus après ! »), je me suis même vue dire au médecin qui m’octroyait 2 jours de cocooning à la maison devant des Walt Disney pour cause d’angine : « oh non, je veux y aller, à l’école ! » (sale gosse…). Quelle arnaqueuse, cette fillette qui pensait juste à son confort mais passait aux yeux de tous comme une enfant modèle…

Et c’est vrai, aujourd’hui, ce n’est plus comme avant. Vous, vous allez me dire (un peu comme petite Suzie à l’époque finalement) : « Rater l’école, pour un enfant, c’est pas grave. Mais maintenant, si tu rates ta journée de boulot, c’est toi que ça va handicaper. Soit ça sera enlevé de ta paye, soit on va te faire sauter une journée de congé ou une RTT, en plus t’as un mail à envoyer à Bigmanitou et un dossier hy-per urgent à boucler, bref, quelle idée, non, tu vas bosser, point barre ! ». OK. Alors mettons-nous en situation : Je ne vais pas bosser*. Je préviens Grand Chef que je suis malade (une affreuse migraine, je préfère me reposer pour revenir en forme demain ! Ouais enfin… lundi quoi. Mais 3 jours, ce sera pas de trop…). Oui, je perds une RTT, et alors ? C’est fait pour être utilisé et de toute façon, quand je veux les poser, ce n’est jamais le bon moment pour Monseigneur Grand Chef (vous avez vu, il est monté en grade) ! Là, déjà, je gère mon temps off. Et l’entreprise, qu’est-ce qu’elle devient ? Elle fait faillite ? Elle s’arrête de vivre pendant 24h, le temps que je revienne ? Je risque de me faire virer, de perdre mon appart’, ma famille et mon poisson rouge ? Ah ben non, tiens. Finalement, les gens savent s’en sortir sans moi. Et rien ne change, la terre continue de tourner. Figurez-vous que je ne suis pas indispensable, dingue, non ?

Et une fois le message « je viens pas bosser aujourd’hui, j’te dis, tu peux te la garder, ta journée de torture morale ! » envoyé, quoi de plus jouissif que de se remettre entièrement sous la couette (même la tête) et de se rendormir ? Et avoir la satisfaction, au réveil, d’avoir enfin écouté son corps qui hurlait depuis des jours « à force de tirer sur la ficelle… » (mais jamais la fin du proverbe, la menace étant plus efficace avec des points de suspension), prendre la journée pour soi, vraiment (oui parce que les jours qu’on pose le reste de l’année, on les blinde avec des saloperies parasitaires, comme les vacances ou 10 heures de file d’attente à Disneyland…) ?

Respirer, enfin, souffler. Reprendre le contrôle. Et faire l’école buissonnière…

P.S. : On prendra le soin de mentir à sa mère pour qui, toujours, on a 6 ans, et qui ne manquera pas de nous faire la morale si on lui dit qu’on a séché l’éco… le boulot :-)

P.S. 2 : Cette expérience est à réitérer, mais pas trop souvent parce qu’à force, des RTT, on en a plus, et des congés pour partir en Guadeloupe pendant 3 semaines : non plus. Ça peut même aller jusqu’à faire sauter des euros sur la fiche de paye (et donc le compte en banque) et ça, on ne le veut pas. Donc à user avec parcimonie. Pis les excuses d’absence, faut les trouver à force (Ex : « mon chien est mort » – « ça fait 3 fois qu’il est mort, ton chien » – « mais il a beaucoup souffert »)

*Pendant que vous lisez ces lignes, je suis en train de vivre l’expérience dont je parle dans cet article. D’ailleurs pour la vivre pleinement, j’ai programmé sa publication à demain matin vers 9h, comme ça vous croyez que je bosse, mais non. Une arnaque, je vous dis ! Bisous ;-)
Suzie – sous la couette

3 réflexions au sujet de « Et faire l’école buissonnière »

  1. Aaaah ahhhh ! Que j’aime tes articles. :-)

     

    Bien, moi le problème est moins présent. C’est du genre « Chef, je pars… maintenant, désolé » – « Okay. » Voilà, c’est simple. :-) Pas de question,  pas trop de pression de ce côté là. :-)

     

    Reste à surveiller son compteur de jours de congés… Car avec ce fonctionnement, ça file vite ! ;-)

     

    Bonne journée, reposes toi bien ! ;-)

  2. Hihi, tu as bien raison de faire l’école buissonnière ! Moi non plus je ne l’ai jamais fait enfant… par contre, pendant mes études universitaires, je l’ai fait un petit paquet de fois, et on y
    prend goût ! Au boulot, jamais essayé. Quand je n’y allais pas, c’est que j’étais malade à crever…

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