La réunionite | La réunionite | Le Verre à Moitié Plein

La réunionite

Si toi aussi, lecteur chéri, tu travailles (ou as déjà, dans ta vie, travaillé) dans une entreprise lambda (et je suis persuadée que c’est le cas pour la majorité de mes lecteurs – Ben tiens, quoi de mieux que la pause café du matin ou l’absence de big boss pendant un temps indéterminé pour glander sur la toile ? (ça se dit encore, la toile ? Sûrement aussi souvent que L’Internet… je vieillis, donc)), vous connaissez certainement ce syndrome. Mais si, vous savez, celui de ne jamais, ô grand jamais, prendre de décisions concrètes – malheureux ! Et pourquoi pas faire évoluer la boîte, tant qu’on y est ?! – mais, en revanche, de passer 80% de son temps à faire des réunions ayant pour but premier de prendre de futures (et surtout, virtuelles) décisions ?

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*Gaston va voir son chef, enthousiaste* « Patron (Bon OK, plus personne n’utilise ce mot… Va pour Jean-Luc alors), j’ai une super idée ! J’ai pensé que, pour gagner du temps – et donc de l’argent (Ding ! Big boss a levé la tête de sa partie de Candy Crush) -, on devrait acheter une machine Nespresso ! ». C’est un exemple, lecteur, je te le rappelle.

Et un exemple qui te fait automatiquement penser à George Clooney, moi je dis : ça le fait. Bon ben là, toi qui es sensé (et censé réfléchir un peu, mais pas trop), tu te dis « c’est simple, soit le chef dit non (ou plutôt : « non mais tu m’as bien regardé, là ? Je vous ai pas filé un centime pour les primes de Noël et tu crois que je vais vous faire ce genre de cadeaux, à toi et ta bande de glandeurs ?! »), soit il dit « ok, je vais voir si ça rentre dans le budget, je vous tiens au courant » (puis au final « non », car sache que jamais rien ne rentre dans le budget – sauf les vacances, pardon, les « visites clients » de big boss à Hawaï). Comme tu te trompes, lecteur naïf et adoré ! Va s’en suivre toute une série de réunions entre les managers de chaque équipe, la compta, l’IT (car ils s’y connaissent, en matériel moderne) et éventuellement l’employé qui avait lancé l’idée au départ (mais pas sûr) avec au programme : des brainstormings sur le type de café (« on prend du déca ou pas ? »), des PowerPoint sur le recyclage des capsules, des conf’ call pour décider de la possibilité de se faire livrer par Nespresso ou d’aller à Auchan prendre de la sous-marque, sans compter les « tout le monde n’est pas dispo, on reporte à lundi prochain la réu sur le nettoyage de la machine » (ahhh ça ! Pour exploiter la machine, y a du monde, mais quand il s’agit de l’entretenir !) lancés nonchalamment sur Outlook 2010, bref : il faut penser à tout ! 7 mois plus tard, ça y est, on a tout étudié, c’est décidé, il y aura une machine Nespresso au bureau (Wouhou !). « Super, les gars, vous avez bien bossé (oui non mais moi, dans ma tête, une entreprise c’est un film américain avec Di Caprio, en fait), y a plus qu’à la commander ! », « OK patron (Oui, Jean-Luc, pardon !), on la prend noire ? Parce qu’elle existe aussi en bleu, comme le logo de l’entreprise », « Ah… Bon, Simon, tu nous reprogrammes une réunion et on discute d’une étude de marché à réaliser sur les couleurs et leur influence sur les salariés, on brainstormera sur la composition de deux équipes et on présentera le projet à big-big-boss sur PowerPoint. Tu nous schedule tout ça sur Outlook ? »…

Non mais sérieusement, les gens (les patrons, j’entends, mais aussi certains employés qui, clairement, aiment les réunions. Si si, je vous assure, il y en a), imaginez qu’on fasse ça au quotidien ? « Chérie, je mets des patates avec le poulet, à midi ? » – « Attends, là j’ai vraiment pas le temps (comprendre : je m’épile), puis faut voir avec Firmin (le fiston), ce qu’il en pense… Organise un meeting dans le salon à 11h *regarde son agenda Google en même temps*, non ! 11h15, j’ai « coup de fil à maman » à 10h30 et ça peut durer un moment… Tu viendras avec la liste des légumes qu’il y a dans le congèl’ et on comparera avec ceux qu’on a mangé toute la semaine et… Firmiiiiiiin, mon lapin (tiens, du lapin, c’est bon ça aussi, non ?), t’es dispo à 11h15 ?! Ah mais non, il n’aura pas fini de ranger sa chambre, re-schedule à 14h30, ok ? » – « Euh… Bon, donc avec le poulet à midi, du coup…? ».

Lecteur, je vais te donner ZE solution en exclusivité pour ne plus être frustré(e) par le boulot (et par ta femme qui ne sait pas dire un bête « ok pour les patates ») : La prise d’initiatives ! Si tes suggestions ne font rien avancer, prépare le projet dans ton coin, présente-le tout bien tout prêt à moyen-boss avec l’optimisme qui dit « ça marche, j’ai testé, t’auras rien à faire mais tu seras bien vu de big boss » et là, tu risques quoi, au pire ? Avoir l’admiration (ou la jalousie, encore mieux) des collègues, la tape sur l’épaule de Jean-Luc ? Bon et si ça marche pas, tu peux toujours faire la vaisselle à la maison : Là, juré, c’est une initiative que personne ne te reprochera jamais ! (Qu’y paraît, moi j’ai jamais testé…)

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