Quand je serai grande… | Quand je serai grande | Le Verre à Moitié Plein

Quand je serai grande…

« Alors Gaston, qu’est-ce que tu veux faire, quand tu seras grand ? ». C’est typique d’un adulte, franchement, de poser une question aussi importante à un gamin de 5 ans. Réfléchissez 2 secondes : Si Gaston était suffisamment lucide pour répondre, il dirait « Désolé, papa, le jour où j’ai compris l’impact que le prénom que tu m’as choisi aurait sur ma vie sexuelle, j’ai décidé de ne plus t’adresser la parole, alors ta question, tu peux te la mettre où je pense… »

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Savoir ce qu’on fera de sa vie, c’est tellement… difficile, improbable, vague, incohérent ! C’est une vraie question existentielle, qui connaît plusieurs phases :

Je serai une princesse

Quand on est tout petit (c’est-à-dire avant l’âge de raison, qui est de 7 ans, selon la légende, mais de 49 ans en pratique), on n’a pas vraiment la notion des choses, d’où cette réponse quelque peu… utopiste ? (Ben c’est vrai, à part Diana, vous en connaissez beaucoup qui ont réussi ? Enfin, si on considère que finir explosée sous un désormais célèbre pont parisien est une réussite, bien entendu…). On croit que, comme Cendrillon, on va aller au bal, perdre sa chaussure en verre (quand j’ai appris qu’à l’origine, cette chaussure était en fait une vulgaire pantoufle en fourrure, je te dis pas le choc !) et qu’un beau brun, fils du roi, va venir nous l’enfiler (au pied) tel le vendeur de chez Bata, puis nous enlever sur son grand cheval blanc avant de nous épouser en grande pompe (mais chaussée des nôtres, cette fois)… Le jour où on réalise qu’à défaut de prince charmant, c’est Gontrand qui vient nous chercher en RER pour aller au bowling de Palaiseau (et c’est pas DU TOUT les mêmes chaussures, pour le coup) et qu’en fait, maman nous a raconté ça pour nous motiver à passer le balai, forcément, on change de vocation.

Je serai médecin / vétérinaire / Prix Nobel

Vers 10-12 ans, quand les amis de nos parents nous demandent ce qu’on veut faire plus tard, on ne répond pas vraiment en fonction de nous : on veut que papa et môman soient fiers. Alors on dit un truc qui fait classe, un truc pour lequel, quand on l’a dit la première fois (juste comme ça, parce qu’on avait maté Dr.House la veille), on a vu de l’admiration dans les yeux de nos géniteurs et qu’on s’est dit : « Ah ? Ça a l’air de le faire, ça ! Je le note ». Euh… dites les parents (comptable et instit’, par exemple), vous avez pas l’impression de leur mettre un peu la pression, à vos gosses ?! Et si ça leur plaît, à eux, de faire des études courtes et/ou un métier artistique ? OK, la précarité, machin tout ça, mais franchement, quand Anabelle, 32 ans, finira tout juste son internat à Cochin et pensera seulement à quitter la maison pour commencer sa vie active, vous réaliserez que, pendant tout ce temps-là, vous auriez pu jouer à « Viens-on-fait-comme-dans-les-Mommy-porn » à volonté… Bien fait !

Je serai prothésiste ongulaire / ébéniste

Ado, en revanche, on revoit ses ambitions à la baisse.

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Au lycée, ce qu’on aime, c’est pas les cours, c’est les potes, les sorties, la télé (« T’as regardé le loft hier ? Quelle chaudasse, cette Loanna !!! » – Oui bah, chacun sa génération), à la limite, le Bac. Tout ce qui nous intéresse, quand on imagine sa vie d’adulte, c’est la possibilité (rêvée) de s’assumer financièrement et, donc, de pouvoir sortir quand on veut / autant qu’on veut, de payer sa bière soi-même et d’inviter sa bande dans son propre appart’. Mais de là à savoir comment on va gagner sa vie… Ça nous paraît moins vital que de décider à quelle soirée on va aller vendredi prochain (« la Loco ou le Duplex ? – Nan, mes parents sont pas là, tous chez moi, wouhou ! » – Maman, si tu me lis, juré, j’ai tout inventé…). On imagine qu’une fois le Bac en poche, on pourra de toute façon faire tout ce qu’on veut. Et qu’on gagnera bien plus que le SMIC. Variante : On gagnera le SMIC mais ce sera largement suffisant, non ? (Comment ça, c’est pas comme ça que ça marche ?!)

Je sera épanouie

Finalement, des années plus tard, après avoir été : assistante de direction, serveur, gestionnaire comptes clients, marketeux (si, ça existe, ce mot !), stagiaire, barmaid, commerciale, community manager, responsable RH, fleuriste – bref, plein de métiers qui nous ont permis de (au choix) gagner notre vie, savoir ce qu’on ne voulait pas, changer de voie, mieux nous connaitre, rencontrer des gens – on a enfin la réponse. Moi, quand je serai grande (je sais, j’ai déjà 28 ans, et alors ? Tu me cherches ?), quoi que je fasse de ma vie, je veux aller bosser avec le sourire, le matin. Être heureuse et fière de ce que j’accomplis, que ce soit dans ma vie pro ou ma vie perso. Et j’ai déjà commencé !

Et toi, tu veux faire quoi, quand tu seras grand(e) ?

10 réflexions au sujet de « Quand je serai grande… »

  1. C’est tout à fait ça! Pas un seul point ne manque! :)
    Et quand on arrive à réaliser le dernier point c’est là qu’on se dit qu’on a enfin tout compris à la Vie!
    Quand je serais grande, je serais heureuse et je compte bien y arriver ;)

  2. Tellement vrai tout ça (et marrant aussi) !
    Perso je suis encore à la phase « le smic c’est suffisant non ? » et je désespère de trouver un job, quel qu’il soit, qui me donne le sourire dès le matin… (j’exagère parce que j’ai fait un stage qui me donnait le sourire, mais ils ont pas de place pour moi :/ )
    Je m’en fous, quand je serais grande je serais une princesse !
    (bon j’arrête de mon commentaire pourri là, je deviens sérieuse deux secondes : ton article fait echo en moi surtout en ce moment parce que figure toi que j’ai ENFIN trouvé ce que je veux VRAIMENT faire de ma vie. Mon père a rigolé, ma mère m’a dit « bonne chance » comme si c’était perdu d’avance, mais je m’en fiche, je ne suis plus une ado, j’ai plus besoin de la fierté et du soutien de mes parents. En tout cas j’essaie de m’en convaincre !)
    bisous

    • Félicitations !!! Je suis super curieuse de savoir ce que c’est (et je vais m’empresser de te poser la question en privé, non mais oh !) ;-) Bravo, pas facile de se défaire de la fierté des parents, mais tellement mieux quand on y arrive. Bon courage – mais dans le sens « tu vas y arriver » !

  3. J’espère sincèrement pouvoir dire un jour que je vais bosser avec le sourire et que je suis heureuse et fière de ce que j’accomplis… mais à mon avis c’est pas demain la veille.
    Quoique, on ne sait jamais ce que la vie nous réserve…

  4. Tellement vrai ! Enfin, je m’imaginais plus « Mooglie » que princesse en fait (j’étais un garçon manqué qui rêvait de se trimballer cul nu dans la jungle avec ses potes singes).
    Et j’ai dû changer 4 fois de vocation en 5 ans… pour finalement faire le métier auquel j’avais renoncé au lycée, décidant que franchement, sérieusement, quelle prise de tête ! ^^

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